31 janvier 2005

Madame Catherine Chauvin, présidente
Madame Jocelyne Beaudet, commissaire
Monsieur Yves G. Archambault, commissaire

Office de consultation publique de Montréal
1550, rue Metcalfe
Bureau 1414
Montréal (Québec)
H3A 1X6



Projet de politique du patrimoine de la Ville de Montréal
Consultation publique : présentation des mémoires
Société généalogique canadienne-française
Marcel Fournier et Hélène Lamarche


Addenda
Le 8 décembre 2004, lors de la séance d’information sur le projet de politique du patrimoine de la Ville de Montréal qui se tenait à Lachine*, j’avais alors posé deux questions, l’une plus spécifiquement relative à la place et au rôle dévolus à Lachine dans le cadre de cette politique, l’autre, concernant l’absence totale de toute référence à la généalogie dans les 86 pages du projet.

À ma première question, madame Céline Topp* a mentionné que la Ville de Montréal et la Société de développement de Montréal préparaient la candidature de Montréal comme Ville du patrimoine mondial auprès de l’Unesco et que ce projet soulignait fort à propos l’importance historique exceptionnelle de Lachine*. Si, en tant que présidente de la Société d’histoire de Lachine, je me réjouis de ces considérations, en tant que généalogiste, et administratrice de la Société généalogique canadienne-française, je ne peux, tout comme mes collègues, que réitérer ma question sur l’étonnante invisibilité de la généalogie dans la politique patrimoniale.

Dans ce projet, on parle de familles; on parle d'appartenance, de commémoration, de lieux de mémoire; on parle d'axe de peuplement; de communautés culturelles… En replaçant tout ça sur fond de candidature de Montréal au titre de Ville du patrimoine mondial, on ne peut que s’étonner de certaines répliques faites par madame Topp et que je désire maintenant commenter : L'angle dans lequel la Politique est travaillée, si vous avez remarqué, premièrement, le système d'organisation du patrimoine, ce que la Ville souhaite, c'est associer des partenaires dans le partage de responsabilités en matière de préservation et de mise en valeur du patrimoine. Et les deux autres axes, c'est l'axe de Montréal, ville propriétaire de biens patrimoniaux de toutes natures et Montréal gestionnaire. La généalogie, c'est quelque chose qui est plus dans le domaine de l'intérêt de la recherche soit personnelle, soit de groupe. Alors, elle est peut-être plus dans le support. Dans le premier axe, on parle du support à des milieux associatifs, à la mise à la disposition des gens de connaissances, d'informations et tout ça, c'est plus couvert dans cette partie-là. Mais j'avoue, c'est vrai que le mot n'est pas identifié*.Cette réponse, même en tenant compte qu’elle a été faite dans le vif de la discussion, semble bien indiquer qu’on ne s’est jamais arrêté à ce qu’était véritablement la généalogie. Ramener à quelque chose qui relève du domaine de l'intérêt de la recherche soit personnelle, soit de groupe, c’est ni plus ni moins placer cette discipline historique au même rang que le bricolage : on suit un cours de macramé, une fois par semaine, puis on pratique dans son sous-sol et on expose le tout au bazar de l’église !

La mise en place d'un système d'organisation de l'action en patrimoine fondé sur le partenariat

La Ville qui souhaite associer des partenaires dans le partage de responsabilités en matière de préservation et de mise en valeur du patrimoine, ferait bien de se rappeler qu’en 2003, donc hier, on a souligné avec éclat le 350e anniversaire de l’arrivée de la Grande recrue de 1653 et que un des partenaires les plus actifs de cet événement commémoratif était la Société généalogique canadienne-française. Un des points saillants de cet événement était l’identification des membres de cette recrue et de sa descendance. Personne d’autre que des généalogistes n’auraient pu faire un tel travail; de plus, aucun autre organisme que la Société généalogique canadienne-française ne disposait des liens et ressources de diffusion et d’organisation pour s’associer de façon efficace à la Ville, à la Commission des lieux de mémoire, au Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, à la Fédération des familles-souches québécoises, etc.

Cet événement à lui seul est un cas exemplaire de « partage des responsabilités » en matière de mis en valeur du patrimoine. Faut-il rappeler l’insistance que le projet de politique patrimoniale met sur la notion de patrimoine immatériel ? Il nous semble que la généalogie qui puise à même la mémoire collective autant qu’à la documentation archivistique, illustre bien ce que peut être ce patrimoine immatériel.

La Ville de Montréal comme propriétaire exemplaire

Passons maintenant aux deux autres axes de développement patrimonial dont parle madame Topp : Montréal, ville propriétaire de biens patrimoniaux de toutes natures et Montréal gestionnaire. Il est impossible de croire que la généalogie puisse être exclue de ces deux axes. Jusqu’à hier, la Ville possédait, avec la salle Gagnon de la Bibliothèque municipale, un fonds documentaire exceptionnel, connu de tous les généalogistes, de Montréal et d’ailleurs. La Ville possède toujours, entre autres biens patrimoniaux de toutes natures, ses propres fonds d’archives dont plusieurs contiennent des sources de première importance pour la recherche généalogique et l’histoire des familles.

La Ville de Montréal comme gestionnaire exemplaire

Puisque la Ville cherche à se définir en gestionnaire souhaitant associer des partenaires dans le partage de responsabilités en matière de préservation et de mise en valeur du patrimoine, il serait peut-être bon de rappeler quelques-unes des ressources partenariales à caractère généalogique qu’on trouve à Montréal, outre la bibliothèque de la Société généalogique canadienne-française :
  • Le fonds généalogique de la Salle Gagnon, maintenant incorporé à la Grande Bibliothèque et aux Archives Nationales du Québec, section Montréal;
  • Le département de démographie de l’Université de Montréal et son Programme de recherche en démographie historique, le fameux PRDH (volumes et site Internet) est devenu l’incontournable outil de recherche de tous les généalogistes;
  • La bibliothèque de l’Église de Jésus-Christ et des Saints des derniers jours (Mormons), rue de Lorimier.
On pourrait y ajouter, toujours dans un esprit associatif, les nombreuses sociétés d’histoire et de généalogies, tant de l’île que du Grand Montréal, incluant celles de Longueuil et de Laval.

À l’heure du « branding » et de l’image de marque qui, semble-t-il, fait défaut à Montréal, à l’heure où on pense à faire de Montréal, porte d’entrée de l’intérieur du continent nord-américain une des villes du patrimoine mondial de l’Unesco, pourquoi ne se servirait-on pas de la généalogie pour « brander » Montréal ? Il y a actuellement, en Amérique du Nord, une ville, Salt Lake City, reconnue comme la capitale mondiale de la généalogie. Sans prétendre rivaliser avec la ville des Mormons, Montréal pourrait fort bien devenir la capitale de la généalogie de source française en Amérique du Nord.

À ce propos, il serait bon de rappeler que l’anglicisation d’une partie des francophones hors Québec, n’a pas fait disparaître le sentiment d’appartenance à la communauté française implantée en Amérique du Nord. Un des exemples les plus éloquents demeure ce premier congrès acadien du Nouveau-Brunswick en 1994 qui, à la surprise de tous, mais d’abord des organisateurs, avait attiré près de 300 000 participants … un très grand nombre d’entre eux, ne parlant plus un mot de français depuis des génération. Faut-il insister sur les retombées touristiques d’un tel événement ?

Mais attention ! Nous ne parlons pas ici, pour Montréal, d’un événement similaire de type ponctuel, mais bien plutôt d’un positionnement touristique de longue durée. Or, les ressources généalogiques de Montréal sont particulièrement bien adaptées à ce concept de développement continu appelé aussi « learning tourism » qu’on pourrait traduire par « Tourisme savoir ».De plus, ces ressources, accessibles douze mois par année semblent tout particulièrement adaptées aux conditions hivernales souvent associées à une période touristiquement creuse.

Comme on sait aussi qu’aucun projet de développement touristique durable ne saurait réussir sans le support et l’implication des communautés locales, il va sans dire que de « positionner » Montréal sur la carte du patrimoine généalogique francophone, ne saurait se faire sans le concours des généalogistes et des sociétés qui les représentent.

Mais pour cela, il faudrait d’abord que le mot g-é-n-é-a-l-o-g-i-e apparaisse dans la version finale du projet de politique du patrimoine de la Ville de Montréal.

Pour la SGCF
Hélène Lamarche
Administratrice et rédactrice en chef de la revue Mémoires


* Voir la transcription sur le site de l’OCPM à http://www2.ville.montreal.qc.ca/ocpm/pdf/PD04/5b.pdf
* Directrice du Service de mise en valeur du territoire et du patrimoine, Ville de Montréal
* Voir transcription, paragraphe 415.
* Voir transcription, paragraphe 455.
Mise à jour du site : 15 juillet 2008 par Denis Beauregard, webmestre.
Copyright © 1997-2008 Société généalogique canadienne-française.