JUIN


À Ville-Marie, les escarmouches avec les Amérindiens se multiplient mais une embellie se manifeste en ce début d'été, la première depuis des années : le 26 juin, deux nations iroquoises demandent la paix.

Pendant ce temps, à Nantes, le départ du Saint-Nicolas-de-Nantes est retardé. On en profite pour faire de nouvelles vérifications et s'assurer que l'approvisionnement ne fera pas défaut. On entasse dans la cale une montagne de miches de pain, des fûts de cidre, des barils de lard, des centaines de kilos de beurre, des barriques de petits pois et de haricots. S'ajoutent des bougies par milliers pour assurer l'éclairage et du bois pour permettre la préparation des repas. D'un pas décidé, les membres de la Recrue montent à bord et le capitaine Le Besson donne le signal de départ. Le Saint-Nicolas voguera d'abord sur la Loire pour rallier la rade de Saint-Nazaire où l'estuaire s'ouvre sur l'Atlantique et le grand large. De nouveaux colons et quelques femmes se joindront aux recrues. Le jour du départ est fixé au 20 juin.

Le jour prévu, le notaire Belliotte est invité à s'installer sur le pont derrière une petite table. Il remet aux hommes une avance sur les gages promises, en présence de Maître Le Coq et de M. de Maisonneuve. Sa mission complétée, il quitte et se rend sur le quai où il assiste au signal du départ. En quelques minutes, le Saint-Nicolas-de-Nantes a gagné la mer. Si les vents sont bons, Québec devrait être en vue dans six ou sept semaines. Mais le sort en décide autrement. À peine 350 lieues sont-elles franchies, que quelqu'un signale une grave avarie : une voie d'eau menace d'endommager les provisions. Les hommes d'équipage, aidés par les colons, tentent en vain de colmater la brèche. Le capitaine doit se résigner à l'évidence et il donne l'ordre de faire demi-tour.

Ile Saint-Nicolas

La panique s'empare alors de plusieurs recrues qui croient qu'on les amène à la perdition. Ils souhaitent renoncer à leur engagement et menacent de ne pas reprendre la mer. Maisonneuve, qui s'est donné tant de mal depuis deux ans, craint pour la réussite de sa mission et il décide de débarquer sa recrue dans la petite île de Saint-Nicolas-des-défunts, en face de Corsept, le temps que dureront les réparations au bateau. De cet endroit, les colons ne pourront se sauver. Les courants de la Loire sont assez forts pour décourager les plus téméraires.
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