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MAI
La petite colonie de Ville-Marie est dans un état de désolation qui
fait désespérer de sa survie. Il y aura bientôt deux ans que M. de
Maisonneuve, à l'instigation de Jeanne Mance, est passé en France
pour recruter des nouveaux colons mais il tarde à revenir et la
situation apparaît maintenant sans issue.
Pendant ce temps, à Nantes, M. de Maisonneuve met la dernière
main aux préparatifs du départ des colons qu'il s'est affairé à
recruter, au cours des récents mois, en Picardie, en Champagne,
en Normandie, en Île-de-France, en Touraine, en Bourgogne et,
surtout dans le Maine et l'Anjou. En compagnie de M. de la Dauversière
qui ratisse la région de La Flèche, il a recruté une centaine de jeunes
hommes qui serviront son dessein de protéger Ville-Marie et d'en faire
une colonie viable et prospère.
Depuis le mois de mars, les recrues défilent dans l'étude du notaire
Pierre de La Fousse, à La Flèche, où ils signent leur acte d'engagement
avec la Compagnie de Montréal. Chacun promet de se rendre à Nantes,
selon la consigne reçue, chez Maître Charles Le Coq, propriétaire du
Saint-Nicolas-de-Nantes, le bateau affrété par la Compagnie de Montréal
qui fera la traversée sous la conduite du capitaine Pierre Le Bessou.
En cette fin de mai, par divers moyens, les recrues se rendent à Nantes.
Plusieurs de ceux qui sont originaires de la région de La Flèche se regroupent
au petit port du Pré Luneau et montent à bord des coches d'eau, petits bateaux
à fond plat, appelés futreaux, pour descendre le Loir jusqu'à Nantes.
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